Pays : France
Début : 1981
Emmanuel, alias Comte d'Eldorado, fonde les Tétines Noires à l'âge de 13 ans avec son ami Goliam. Influencé par des groupes tels que Virgin Prunes, Bauhaus, Christian Death ou encore Soft Machine, le duo signe avec Boucherie Production pour enregistrer un titre sur la compilation du label La Relève. Ce titre est Crazy Horses. En 1990, accompagné du bassiste Marcus, les Tétines Noires signent leur premier album Fauvisme et Pense-Bête, série de morceaux dadaistes et délirants à l'image du titre Freaks. S'en suit une tournée d'une soixantaine de dates en Europe et au Canada pendant laquelle les prestations du groupe sont bien accueillies. En 1992, il revient avec l'album Brouettes et des titres tels que My Nightclub Head avec le bassiste Eduardo Leal Dela Galla. Suit trois ans plus tard l'album conceptuel 12 Têtes Mortes avec encore un nouveau bassiste, Antonie, rencontré lors d'une audition. Après la sortie de cet album, Goliam quitte le groupe. En tournée, les Tétines Noires se produisent avec l'homme-objet Made In Eric qui leur sert de pied de micro. En 1998, une des influences du groupe, Christian Death, reprend un des morceaux des Tétines Noires Washing machine sur son album Pornographic Messiah. Antonie et Emmanuel s'accordent ensuite une parenthèse en montant le groupe LTNO qui sort l'album Global Cut en 1999. 4 ans plus tard, LTNO signe Sea, Sex & Burn.
Source : mcm.net
Fauvisme et pense-bête (1990) LP
Boucherie - 842 903-1
Freaks
Petites brouettes
Sans allumettes
Fase 1990
Just one life
O'dogo
Crazy horses
Les captains
Streap teac
Gouttes die
Musique en forme de cage
Brouttes (1991) CD
Boucherie Productions - 510 804-2
1 Brouette Nentale (5:04)
2 A Different Man (2:16)
3 N & M (Histoire De Lady Na) (3:39)
4 Hill House (2:42)
5 Eleonor (0:33)
6 Les Roseaux Cervicaux (5:39)
7 Imminent Immoral (0:52)
8 Lady Dja Lady (3:46)
9 Epidemik Pakotill (4:18)
10 My Nightclub-Head (3:15)
11 Et La Lumière Roule (0:51)
12 Bras Sans Jambe Et Glisse Versa (17:48)
Le deuxième album des Tétines Noires, « Brouettes », apparaît aujourd’hui plus pertinent que « Fauvisme Et Pense-Bête ». Là où le premier opus déclinait un rock batcave à la française de très grande qualité, ici, nous avons affaire à un envol, irrespectueux des convenances et des contraintes. Les Tétines Noires se démarquent encore plus de leurs modèles (Christian Death, Virgin Prunes, Jad Wio, Clair Obscur et Neva) au point de les abandonner dans la malle aux souvenirs poussiéreux. Nouveauté, éclectisme, prise de risque, absence de contrôle. L’heure de la gloire créatrice ! Bien sûr, comme tout laboratoire expérimental, certains titres nous apparaissent ratés. Et alors ? Ils auront au moins forgé un esprit, permis des croisements improbables.
On reste globalement dans le format rock, pas encore touché par l’indus techno pour le meilleur (« Douze Têtes Mortes » dégorgeant d’idées) et le pire (la carrière sous le nom de Lt-no, fadasse relecture de la mythologie rock’n’roll). Toute fois, le format de la chanson rock est broyé, concassé. « Brouette Nentale » contient pas moins de trois morceaux. « A Different Man » joue du Beuys (vocabulaire plastique hétérogène, utilisation du son comme matériel à exposer, appel à la rédemption, art spirituel et explose les normes en retravaillant les prières via fluxus et rock seventies et quand la batcave s’en mêle, ça donne l’un des titres les plus entraînant en live, ponctué d’attente et de libération. Suprême réussite pour « N et M (Histoire De Lady Na) » : valse des lettres, chant nasal et enfant groin, l’univers déjanté qui y est mis en place rappelle les cartoons de Tex Avery ou les jeux de mots d’un fou de village. Férocement incongru et culotté. Avec un titre de ce genre, Les Tétines Noires modelaient le rock à leur guise, aussi bien sur leur label, Boucherie Productions (qu’on n’aurait jamais cru à l’aise avec cet aspect si iconoclaste !) que le milieu du rock français. L’alternatif trouvait enfin son aboutissement dans la poésie et le cirque. Les samples s’en donnent à cœur joie et habillent tout autant qu’ils modèlent les différents titres.
L’immense réussite des tétines Noires tient enfin aux textes : que ceux qui n’ont jamais écouté lisent avant tout ! « Les Roseaux cervicaux » est un nouveau chant de Noël, au bestiaire biblique, l’annonce d’un dépucelage entre freaks, les syllabes sont mâchonnées, la langue cassée dans l’absurde, décrochée. Le groupe ose appeler à la rescousse un autre frappé en la personne de Jacques Luley qui prête ses gloussements déments sur « Epidemik Pakotill ». Le slow sirupeux subit un viol en pleine place centrale alors « on s’mélange les pinceaux, on dérape dans la gouachis, c’est pas grave, pas trop grave… ».
Salvador Dali aurait certainement coupé sa moustache pour un tel titre.
L’aspect raté tient à un héritage plus ancien, celui des riffs hardos, résurgence d’Alice Cooper avant Manson sur « Hill House », « Imminent Immoral »… Une époque adulée également par Kbye de Jad Wio auquel le morceau « My Nightclub-head » renvoie immanquablement. Le folk métropolitain de « Lady Dja Lady », elle, ne dépasse pas vraiment le trip potache. L’album s’achève sur un brouhaha de vernissage des plus pertinents : plutôt que le silence, le groupe replace son propos dans la culture des années 80 finissantes : le melting-pot, le zapping, le bruit et la superficialité (« pousser la superficialité jusqu’à la densité »).
Les Tétines Noires furent un creuset. Réunion d’artistes et de freaks en tout genre, les Tétines Noires dynamitaient alors les cadres de leur gentillesse et de leur envie d’être des touches à tout. Plus tard, Emmanuel, alors Comte d’Eldorado, se séparera de Goliam, puis d’Entony. Il ne lui restera plus qu’à tuer le père, Joël Hubaut, en gommant tout son héritage plastique, le nihilisme à la dada et l’aspect iconoclaste. Nous y avons tous perdu un petit quelque chose.
Source : http://www.obskure.com/
12 Têtes Mortes (1995) CD
La Lune Rousse - IX 9504 CD
1 En-Tête (2:05)
2 Head Horse (5:34)
3 Tête A Tête N°1 (0:15)
4 Envers Et Contre Tête (3:24)
5 Tête A Tête N°2 (0:07)
6 Teo Tertem (2:58)
7 Tête A Tête N°3 (0:18)
8 Washing Head (5:04)
9 Tête A Tête N°4 (0:34)
10 Tête, Fard Et Lombrics (3:27)
11 Tête A Tête N°5 (1:45)
12 Head Is A Killer (4:14)
13 Tête A Tête N°6 (0:06)
14 Tête Préparée (4:21)
15 Tête A Tête N°7 (3:01)
16 Eaten Head (3:54)
17 Tête A Tête N°8 (0:22)
18 Empire Head Building (3:24)
19 Tête A Tête N°9 (2:12)
20 Tête Abiotique (3:51)
21 Tête A Tête N°10 (2:17)
22 Tête Molle (2:17)
23 Tête A Tête N°100 (0:20) 24 Sang, Tête Ni But (4:33)
15 juin 2004 - Anthology
Article de Jarod concernant la sortie d'Anthology et des Tétines Noires en général.
N'ayons pas peur de choquer l'inconscient collectif, peu importe le venin que l'on pourra cracher ici, les Tétines Noires n'ont jamais vraiment eu de fans. Du moins pas au sens propre du mot, plutôt des fascinated-people parmi lesquels ces journalistes aujourd'hui défunts, studieusement appliqué en leur temps à jouer les avocats de la défonce pour faux groupes aux frontières du réel. Et si l'on a fait (à raison) les Tétines grands tenanciers incontestés d'une bat-cave gothico-romantique totalement inédite dans nos contrées, nous ne blesserons personne en relevant que la majeure partie des trois disques réédités ici dans leur intégralité se trouve être totalement inécoutable (voir inaudible, c'est dire) par le pékin moyen. Ce qui était de loin un des plus beaux compliments que l'on puisse faire à la bande du Comte de l'Eldorado, tout entier absorbés à leur monde mystique où personne d'autre qu'eux n'avaient de place, où une certaine poésie lunaire croisait le fer avec de douteuses ambiances à chaque coin de piste, où François Villon errait doucement entre réminiscences new-vawe et sinistres pendus grattant mécaniquement la corde mal huilée de leur potence.
On a pu les détester cordialement. Pour ça, ou pour ce que tout le monde appellera de la morgue. Mais une chose restera, et le respect avec : c'est que les Tétines Noires l'étaient. Noires. Désespérément, jusque dans l'immortalité.
jarod
Juillet 2004
Début : 1981
Emmanuel, alias Comte d'Eldorado, fonde les Tétines Noires à l'âge de 13 ans avec son ami Goliam. Influencé par des groupes tels que Virgin Prunes, Bauhaus, Christian Death ou encore Soft Machine, le duo signe avec Boucherie Production pour enregistrer un titre sur la compilation du label La Relève. Ce titre est Crazy Horses. En 1990, accompagné du bassiste Marcus, les Tétines Noires signent leur premier album Fauvisme et Pense-Bête, série de morceaux dadaistes et délirants à l'image du titre Freaks. S'en suit une tournée d'une soixantaine de dates en Europe et au Canada pendant laquelle les prestations du groupe sont bien accueillies. En 1992, il revient avec l'album Brouettes et des titres tels que My Nightclub Head avec le bassiste Eduardo Leal Dela Galla. Suit trois ans plus tard l'album conceptuel 12 Têtes Mortes avec encore un nouveau bassiste, Antonie, rencontré lors d'une audition. Après la sortie de cet album, Goliam quitte le groupe. En tournée, les Tétines Noires se produisent avec l'homme-objet Made In Eric qui leur sert de pied de micro. En 1998, une des influences du groupe, Christian Death, reprend un des morceaux des Tétines Noires Washing machine sur son album Pornographic Messiah. Antonie et Emmanuel s'accordent ensuite une parenthèse en montant le groupe LTNO qui sort l'album Global Cut en 1999. 4 ans plus tard, LTNO signe Sea, Sex & Burn.
Source : mcm.net
Fauvisme et pense-bête (1990) LP
Boucherie - 842 903-1
Freaks
Petites brouettes
Sans allumettes
Fase 1990
Just one life
O'dogo
Crazy horses
Les captains
Streap teac
Gouttes die
Musique en forme de cage
Brouttes (1991) CD
Boucherie Productions - 510 804-2
1 Brouette Nentale (5:04)
2 A Different Man (2:16)
3 N & M (Histoire De Lady Na) (3:39)
4 Hill House (2:42)
5 Eleonor (0:33)
6 Les Roseaux Cervicaux (5:39)
7 Imminent Immoral (0:52)
8 Lady Dja Lady (3:46)
9 Epidemik Pakotill (4:18)
10 My Nightclub-Head (3:15)
11 Et La Lumière Roule (0:51)
12 Bras Sans Jambe Et Glisse Versa (17:48)
Le deuxième album des Tétines Noires, « Brouettes », apparaît aujourd’hui plus pertinent que « Fauvisme Et Pense-Bête ». Là où le premier opus déclinait un rock batcave à la française de très grande qualité, ici, nous avons affaire à un envol, irrespectueux des convenances et des contraintes. Les Tétines Noires se démarquent encore plus de leurs modèles (Christian Death, Virgin Prunes, Jad Wio, Clair Obscur et Neva) au point de les abandonner dans la malle aux souvenirs poussiéreux. Nouveauté, éclectisme, prise de risque, absence de contrôle. L’heure de la gloire créatrice ! Bien sûr, comme tout laboratoire expérimental, certains titres nous apparaissent ratés. Et alors ? Ils auront au moins forgé un esprit, permis des croisements improbables.
On reste globalement dans le format rock, pas encore touché par l’indus techno pour le meilleur (« Douze Têtes Mortes » dégorgeant d’idées) et le pire (la carrière sous le nom de Lt-no, fadasse relecture de la mythologie rock’n’roll). Toute fois, le format de la chanson rock est broyé, concassé. « Brouette Nentale » contient pas moins de trois morceaux. « A Different Man » joue du Beuys (vocabulaire plastique hétérogène, utilisation du son comme matériel à exposer, appel à la rédemption, art spirituel et explose les normes en retravaillant les prières via fluxus et rock seventies et quand la batcave s’en mêle, ça donne l’un des titres les plus entraînant en live, ponctué d’attente et de libération. Suprême réussite pour « N et M (Histoire De Lady Na) » : valse des lettres, chant nasal et enfant groin, l’univers déjanté qui y est mis en place rappelle les cartoons de Tex Avery ou les jeux de mots d’un fou de village. Férocement incongru et culotté. Avec un titre de ce genre, Les Tétines Noires modelaient le rock à leur guise, aussi bien sur leur label, Boucherie Productions (qu’on n’aurait jamais cru à l’aise avec cet aspect si iconoclaste !) que le milieu du rock français. L’alternatif trouvait enfin son aboutissement dans la poésie et le cirque. Les samples s’en donnent à cœur joie et habillent tout autant qu’ils modèlent les différents titres.
L’immense réussite des tétines Noires tient enfin aux textes : que ceux qui n’ont jamais écouté lisent avant tout ! « Les Roseaux cervicaux » est un nouveau chant de Noël, au bestiaire biblique, l’annonce d’un dépucelage entre freaks, les syllabes sont mâchonnées, la langue cassée dans l’absurde, décrochée. Le groupe ose appeler à la rescousse un autre frappé en la personne de Jacques Luley qui prête ses gloussements déments sur « Epidemik Pakotill ». Le slow sirupeux subit un viol en pleine place centrale alors « on s’mélange les pinceaux, on dérape dans la gouachis, c’est pas grave, pas trop grave… ».
Salvador Dali aurait certainement coupé sa moustache pour un tel titre.
L’aspect raté tient à un héritage plus ancien, celui des riffs hardos, résurgence d’Alice Cooper avant Manson sur « Hill House », « Imminent Immoral »… Une époque adulée également par Kbye de Jad Wio auquel le morceau « My Nightclub-head » renvoie immanquablement. Le folk métropolitain de « Lady Dja Lady », elle, ne dépasse pas vraiment le trip potache. L’album s’achève sur un brouhaha de vernissage des plus pertinents : plutôt que le silence, le groupe replace son propos dans la culture des années 80 finissantes : le melting-pot, le zapping, le bruit et la superficialité (« pousser la superficialité jusqu’à la densité »).
Les Tétines Noires furent un creuset. Réunion d’artistes et de freaks en tout genre, les Tétines Noires dynamitaient alors les cadres de leur gentillesse et de leur envie d’être des touches à tout. Plus tard, Emmanuel, alors Comte d’Eldorado, se séparera de Goliam, puis d’Entony. Il ne lui restera plus qu’à tuer le père, Joël Hubaut, en gommant tout son héritage plastique, le nihilisme à la dada et l’aspect iconoclaste. Nous y avons tous perdu un petit quelque chose.
Source : http://www.obskure.com/
12 Têtes Mortes (1995) CD
La Lune Rousse - IX 9504 CD
1 En-Tête (2:05)
2 Head Horse (5:34)
3 Tête A Tête N°1 (0:15)
4 Envers Et Contre Tête (3:24)
5 Tête A Tête N°2 (0:07)
6 Teo Tertem (2:58)
7 Tête A Tête N°3 (0:18)
8 Washing Head (5:04)
9 Tête A Tête N°4 (0:34)
10 Tête, Fard Et Lombrics (3:27)
11 Tête A Tête N°5 (1:45)
12 Head Is A Killer (4:14)
13 Tête A Tête N°6 (0:06)
14 Tête Préparée (4:21)
15 Tête A Tête N°7 (3:01)
16 Eaten Head (3:54)
17 Tête A Tête N°8 (0:22)
18 Empire Head Building (3:24)
19 Tête A Tête N°9 (2:12)
20 Tête Abiotique (3:51)
21 Tête A Tête N°10 (2:17)
22 Tête Molle (2:17)
23 Tête A Tête N°100 (0:20) 24 Sang, Tête Ni But (4:33)
15 juin 2004 - Anthology
Article de Jarod concernant la sortie d'Anthology et des Tétines Noires en général.
N'ayons pas peur de choquer l'inconscient collectif, peu importe le venin que l'on pourra cracher ici, les Tétines Noires n'ont jamais vraiment eu de fans. Du moins pas au sens propre du mot, plutôt des fascinated-people parmi lesquels ces journalistes aujourd'hui défunts, studieusement appliqué en leur temps à jouer les avocats de la défonce pour faux groupes aux frontières du réel. Et si l'on a fait (à raison) les Tétines grands tenanciers incontestés d'une bat-cave gothico-romantique totalement inédite dans nos contrées, nous ne blesserons personne en relevant que la majeure partie des trois disques réédités ici dans leur intégralité se trouve être totalement inécoutable (voir inaudible, c'est dire) par le pékin moyen. Ce qui était de loin un des plus beaux compliments que l'on puisse faire à la bande du Comte de l'Eldorado, tout entier absorbés à leur monde mystique où personne d'autre qu'eux n'avaient de place, où une certaine poésie lunaire croisait le fer avec de douteuses ambiances à chaque coin de piste, où François Villon errait doucement entre réminiscences new-vawe et sinistres pendus grattant mécaniquement la corde mal huilée de leur potence.
On a pu les détester cordialement. Pour ça, ou pour ce que tout le monde appellera de la morgue. Mais une chose restera, et le respect avec : c'est que les Tétines Noires l'étaient. Noires. Désespérément, jusque dans l'immortalité.
jarod
Juillet 2004
par Yank
publié dans :
Artistes
J’aimerai m’enfuir
J’aimerai partir
J’aimerai quitter
Ce monde de cinglés
J’aimerai hurler
Pour me libérer
J’aimerai frapper
Du poing et du pied
Pour pouvoir rendre
Chacune des blessures
J’aimerai mais je me retiens
Même si peut-être que je ne devrais point
Mais peut-être suis-je dans le faux
Peut-être devais-je crier ma peine tout haut
Hurler comme jamais
Pour mieux me soulager
Mais il n’y a aucun mot
Aucun cri
Capable de soigner ma douleur
Même la mort elle-même ne serai qu’une fausse libération
par Yank
publié dans :
Poèsie



